Le XXIe siècle a attelé la société occidentale avec ses brides de la performance et de l’efficacité, où le dépassement de soi est l’objectif absolu qui mobilise notre conscience professionnelle, familiale et amicale. Cette mentalité a des conséquences directes sur l’état d’esprit et physique d’une personne; en particulier sur les enfants qui absorbent toute la pression de leur environnement. Les horaires serrés des parents, les longues journées passées à l’école, les familles éclatées et la garde partagée, constituent des facteurs de stress qui peuvent déclencher des troubles du comportement et d’apprentissage chez les enfants.
Les enfants doivent également composer avec une nouvelle réalité scolaire qui ne présente pas toujours un environnement idéal pour apprendre. Récemment, la ministre de l’Éducation Michelle Courchesne annonçait un plan d’intervention pour contrer la violence dans les écoles. Un peu plus plutôt cette année, le milieu scolaire était préoccupé par les phénomènes d’intimidation et de cyberintimidation. De plus, les enfants évoluent dans un univers technologiques ce qui entraîne une perte d’intérêt et de motivation à l’égard de l’enseignement traditionnel; le défi est de taille pour capter l’attention des enfants qui passent de longues heures devant la télévision, Internet et les jeux vidéos. Les enseignants décrient aussi les classes surchargées et le manque de personnes ressources, comme des psychoéducateurs et des orthopédagogues, pour venir en aide aux élèves en difficulté. Dans ces conditions, les maîtres ont principalement recours à la discipline et la médicamentation, tel le ritalin. Mais s’il existait des alternatives simples et efficaces pour amener les enfants à se calmer, à augmenter leur concentration et finalement, favoriser la réussite scolaire?
En 1970, le Brain gym est né de recherches dans le domaine de la kinésiologie des chercheurs américains Dr. Paul Dennison, spécialiste du développement moteur de l’enfant, et Gail E. Dennison, qui désiraient trouver des façons concrètes pour aider les enfants aux prises avec des troubles d’apprentissage. Ils ont donc conçu une discipline qui comporte 26 mouvements intégrant le corps et l’esprit pour augmenter les habiletés d’apprentissage dans tous les domaines. Cette approche, « apprendre par le mouvement », a pris son envol aux États-unis pour ensuite s’installer dans plus de 80 pays à travers le monde.
Principalement, le programme vise à améliorer la concentration, la mémoire, les capacités de lecture et d’écriture, l’organisation, l’écoute et la coordination physique. Les 26 mouvements mis de l’avant par le Brain gym ont des influences aussi diverses que les anciennes disciplines telles le T’ai Chi, l’acupuncture et le Yoga, auxquelles ont été intégrées les récentes découvertes relatives au développement du cerveau, à l’optométrie et au développement moteur. Après une formation spécialisée, les enseignants sont en mesure de pratiquer cette activité en classe et elle ne requiert aucun matériel.
Les bénéfices du Brain gym
Selon les adhérents de cette approche, la pratique régulière du Brain gym peut avoir une incidence dans la correction de la dyslexie, de l’hyperactivité et du déficitd'attention pour les enfants qui souffrent de problèmes d’attention, de troubles anxieux, ou qui connaissent des difficultés d’apprentissage. En mettant l’emphase sur les trois axes du cerveau, les exercices visent une meilleure circulation de l’information. Par exemple, l’axe du cerveau droite/gauche concerne l’habileté à coordonner un côté du cerveau avec l’autre. Cette habileté est fondamentale pour la lecture, l’écriture et la communication. Ensuite, l’axe haut/bas est responsable de la coordination des parties supérieure et inférieure du cerveau et couvre le domaine de la coordination psychomotrice. Le troisième axe visé par les mouvements de Brain gym est l’axe avant/arrière qui est relié à la participation et à la compréhension, à l’habilité de se concentrer sur un détail et de voir l’ensemble en même temps, de comprendre de nouvelles informations dans un contexte déjà connu.
L’enseignement du Yoga pour les enfants a été conçu pour installer une ambiance calme favorisant l’écoute en classe. Cette pratique vise également à détendre les enfants qui sont confinés dans une position assise prolongée et leur permet de corriger leur posture. Pour ce faire, le Yoga propose des exercices qui éveillent la conscience à propos du lien entre le corps et l’esprit. Par l’aspect ludique du Yoga pour enfants, les enseignants captent l’attention des élèves durant la séance. En partant d’une histoire, les maîtres amènent les enfants, assis sur leurs chaises, à imiter les différentes postures, telles la bulle, le vent, le pirate ou encore la grenouille. Après l’enchaînement de ces exercices, l'enfant est moins agité et plus attentif et il développe graduellement une meilleure conscience de lui-même et de ses limites, et ainsi une plus grande confiance en lui et en ses capacités. Sur le plan physique, le Yoga favorise le tonus musculaire, la flexibilité et l'équilibre de l’enfant.
D’après les tenants de cette discipline, les enfants en difficulté peuvent bénéficier de cette pratique à plusieurs niveaux, surtout sur le plan de la concentration, de l’estime de soi, et par conséquent, des résultats scolaires. « Les expériences menées dans les écoles un peu partout dans le monde ont démontré que la pratique du Yoga aux enfants permet avec le temps de réduire leur agitation, la fatigue et l’ennui, améliore leur attention, leur mémoire et la relation entre les élèves ». Le Yoga sur chaise se présente comme une alternative à la gestion de classe traditionnelle ou à la médicamentation. En intégrant le yoga dans leur approche pédagogique, les enseignants peuvent inviter les enfants agités à canaliser leurs émotions par la respiration et ainsi à rendre l’ambiance de la classe plus harmonieuse. De plus, les enfants qui vivent des moments de stress et d’angoisse à l’approche des examens ou qui ont des troubles du sommeil, le Yoga se révèle comme une pause nécessaire pour pallier leurs longues journées.
Il est important de noter que la nature scientifique du Yoga ou du Brain gym à propos des effets positifs sur les apprentissages reste encore à être confirmée. Toutefois, ces deux approches peuvent développer des compétences au niveau de l’attention, la mémorisation et la compréhension. De manière générale, les enfants bénéficient de ce moment de détente et les enseignants profitent du calme suivant la séance pour transmettre les connaissances. Bien implanté aux Etats-Unis, le Brain gym est utilisé dans certaines écoles des villes canadiennes comme Ottawa, Toronto et Vancouver. Quant au Yoga, il correspond à la tendance occidentale, où plusieurs personnes, coincées entre le travail, les obligations familiales et sociales, recherchent une forme de spiritualité, de calme et d’équilibre.
La réforme scolaire qui a débuté en 2000 met justement l’emphase sur le développement personnel, la confiance et la connaissance de soi au sein de ses programmes, deux objectifs qui correspondent à ceux du Yoga et au Brain gym. Comme la mentalité qui sous-tend la réforme s’imbrique avec celle des alternatives présentées, peut-être pourrons nous observer une soudaine popularité pour ce type d’activités dans le milieu enseignant au cours des prochaines années.