Pourquoi l’éducation n’est pas un enjeu majeur dans la présente campagne électorale? Même si les élections ont été déclenchées envers et contre tous sous le motif de la crise financière, il n’en reste pas moins que notre système d’éducation traverse une période difficile et devrait être au cœur des débats. La couverture médiatique en 2008 a relevé plusieurs problèmes qui minent le succès de nos jeunes, tels les difficultés d’apprentissage en lecture et en écriture, le décrochage scolaire, les problèmes qui découlent de l’implantation de la réforme, la violence à l’école, la pénurie d’enseignants, l’intégration des élèves en difficulté dans les classes régulières et les classes surpeuplées. En passant en revue ces grands titres, il est étrange de constater le vide d’idées, de propositions et de positionnement dans la campagne électorale actuelle au sujet des principaux enjeux en éducation. Ces failles qui crevassent le domaine de l’éducation méritent l’attention du prochain gouvernement, et nécessitent une vision à long terme afin d’être en mesure de traiter de tous les dossiers en profondeur.
L’éducation est la grande oubliée de la campagne à tel point que 11 organisations[1] du milieu ont signé un manifeste revendiquant la place centrale de l’éducation, soit son retour comme priorité nationale. Les 11 signataires sont principalement des syndicats et des fédérations d’associations étudiantes qui dénoncent le fait qu’aucune des demandes émises aux trois partis n’ont obtenu de réponses ou de promesses. La plate-forme électorale de chaque parti contient quelques annonces, mais rien n’a été réellement développé dans les détails avec les différents groupes en éducation. Les politiciens ressassent les mêmes idées générales qui correspondent aux tendances du moment en éducation, mais personne ne propose un plan concret et complet pour l’avenir de notre système d’éducation.
Les demandes faites pas les 11 organisations totalisent un coût de 700 millions de dollars pour le financement du préscolaire, le primaire et le secondaire, et 800 millions de dollars pour l'enseignement supérieur. En ce temps de crise financière, est-ce que ces requêtes sont irréalistes? Est-ce que l’importance de l’éducation devrait fluctuer en fonction de la santé économique? Si on se fie au sondage, réalisé par la firme CROP pour le compte du syndicat, selon lequel 97 % des personnes sondées estiment que le gouvernement doit faire de l'éducation une priorité nationale; les demandes en éducation sont légitimes et ne devraient pas être ignorées comme c’est le cas à l’heure actuelle.
Jusqu’à maintenant, la seule annonce des Libéraux en matière d’éducation avait été faite par le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), Michèle Courchesne : 10% d'élèves en moins par groupe, de la troisième année du primaire jusqu'en première secondaire, dès septembre prochain, et ce dans l’ensemble des classes et pas seulement dans les milieux défavorisés. La diminution d’élèves par classe implique donc l’embauche d’environ 2400 nouveaux enseignants. Considérant la pénurie d’enseignants actuelle, cette promesse comporte son lot d’obstacles. Pour pallier le manque de professionnels, la ministre a suggéré de faciliter l’accès à la profession « en permettant à tous les détenteurs d'un baccalauréat dans une matière enseignée de devenir profs, à la condition qu'ils fassent en parallèle la nouvelle maîtrise en enseignement ». Cette dernière proposition a créé un véritable tollé dans le milieu enseignant qui accusait la ministre de ne pas saisir la réalité du métier. En effet, cette mesure dévalorise le baccalauréat en enseignement car elle accorde la même valeur à n’importe quels autres baccalauréats dans un domaine enseigné. En outre, la proposition de la ministre renforce l'idée qu'un enseignant peut être remplacé par n'importe qui à condition que cette personne détienne une spécialisation et une base de pédagogie. Compte tenu que le métier d’enseignant n’est pas le plus valorisé au sein de notre société, cette proposition ne vient pas redorer le blason de cette profession…
Le Parti québécois pour sa part, place au cœur de ses priorités en éducation le
taux de décrochage scolaire au Québec. Pour
y remédier, Pauline Marois a fait une seule promesse électorale pour l’éducation,
soit de s’engager à réduire le nombre d’élèves par classe sans donner plus de
détails sur la façon qu’elle s’y prendrait. Finalement, l’ADQ mise sur l’autonomie, celles des écoles, des
professionnels et des élèves. Par exemple, en conférant un statut juridique de
l’école, elle pourra assurer son autorité centrale en matière éducative et
pédagogique, et disposer des pouvoirs suffisants en ce qui a trait à la gestion
des ressources. Mario Dumont revendique ainsi un nouveau virage pour l’école
québécoise sans prendre le temps d’expliquer les étapes concrètes de son
projet.
L’éducation devrait toujours être une priorité aux yeux d’un gouvernement qui fonde sa légitimité sur des valeurs démocratiques. Même dans un contexte économique précaire, où le Parti Libéral arbore le slogan «L’économie d’abord», l’éducation ne doit pas être dans l’ombre des priorités du moment. Notre système doit pouvoir compter sur des assises solides en tout temps, dont l’éducation, qui constitue la pierre angulaire pour l’avancement collectif et l’innovation sociale.
[1] Les 11 organisations sont: la CSQ, la CSN, le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), les Fédérations des associations étudiantes collégiale et universitaire, la Fédération autonome du collégial, la Fédération autonome de l'enseignement, la Fédération québécoise des professeurs d'université, la Fédération des associations étudiantes universitaires du Québec en éducation permanente, la Fédération du personnel professionnel des universités et de la recherche et le Mouvement québécois des adultes en formation.